Un aperçu de la pensée orthodoxe

« En novembre 2000 le premier ministre a substitué au terme même de clonage cellulaire, le terme de « transfert de cellules somatiques, réservant le terme de clonage au seul clonage reproductif qui, nous « dit-il, sera toujours interdit. Nous voici dans une confusion de langage qui ne permet plus de savoir « ce qui est quoi : quand commence la vie ?
« Les deux premiers colloques de notre Association orthodoxe d’études bioéthiques sont arrivées au « consensus ecclésial que, dès la fécondation, existe un être qui est un être humain, qui est une « personne, non pas une personne potentielle (ce qui implique un non-être en réalité), mais une « personne en évolution. Autrement dit, dès la fécondation est conçu un être unique, porteur de « l’image de Dieu, animé par le souffle divin, aimé de Dieu, appelé dans une perspective d’éternité à « devenir Fils adoptif du Père, appelé à la déification pour laquelle Dieu s’est fait homme …
« Nous ne sacralisons pas l’embryon: nous nous contentons…d’affirmer sa nature d’enfant de Dieu, « et ce langage rend totalement obsolète toute référence à une quelconque réification…de cet « embryon…
« Ce clonage échappe à la loi naturelle et universelle de la reproduction sexuée au profit d’une « manipulation biologique artificielle : ce qui amène certains à dire que le produit de ce clonage n’est « pas un être humain et donc autorise toutes les manipulations et toutes les recherches sur lui …
»Ne doit-on pas mettre en garde contre un nouveau refus de l’Amour divin dont nous ne pouvons « pas prévoir les conséquences…
»On troque la manifestation de l’Amour de Dieu contre les promesses insensées d’une science qui « refuse la seule source réelle de la connaissance ; et lorsque j’envisage ce type de clonage j’entends « résonner les paroles du Prophète Jérémie « Ils M’ont abandonné, Moi la source d’eau vive, pour se « créer des citernes qui ne tiennent pas l’eau »
Comment refuser sa nature humaine à l’embryon ainsi conçu ? Le langage de la foi nous fait dire « que quelle que soit la technique utilisée, même si elle apparaît inacceptable, nul ne peut s’arroger le « roit de juger de la valeur d’une vie qui n’appartient qu’à Dieu… La seule réponse possible est le « respect d’une vie qui vient de Dieu malgré l’intervention humaine et qui n’appartient qu’à Lui. « Nous verrons plus tard que cette question n’est pas un pur exercice de philosophie mais sous-tend « des problèmes que l’on pourrait qualifier de diaboliques…
« En réalité qu’est ce qu’un clonage reproductif ? Est-ce le fait de mener à terme un embryon jusqu’à « ce qu’il devienne un enfant, ou est ce que c’est tout simplement le fait de reproduire une vie « humaine ? Alors est ce que la vie humaine est déterminée uniquement par la volonté de l’homme « d’implanter ou de ne pas implanter un embryon dans un utérus pour le faire évoluer ? C’est une « main-mise de l’homme sur la notion même de la vie. Dieu n’existe plus. On voudrait que Dieu « n’existât plus …
[Embryons surnuméraires] « On oublie simplement dans ce raisonnement que l’embryon « surnuméraire n’est pas un être en état de mort cérébrale mais une vie innocente condamnée à « mort… Toutes les communautés mondiales se dressent contre la pratique en Chine de prélèvements « d’organes sur des condamnés à mort. Où est la différence, bien que la culpabilité de ces fameux « condamnés à mort ne soit pas démontrée, où est la différence, si ce n’est l’innocence ? Accepter « cela nous … mènera dans la voie de la création d’embryons dans un but de clonage…au mépris de « l’Amour de Dieu, en délaissant la seule voie de la vie éternelle au profit d’une santé, d’un confort, « ou simplement de désirs parfaitement temporaires et limités et cela de façon sournoise en faisant « rentrer dans un cycle que l’on connaît déjà fort bien : interdictions, fraudes, moratoires, puis « légalisation.
« … Un monde où l’homme se veut plus fort que Dieu court à sa ruine parce que, sans s’en rendre « compte, il est sous le joug du démon.
[Citation du biologiste Henri Atlan :] « Je crois qu’il faut faire un pas de plus dans cette direction,
«celle des projets de culture d’organes et de fabrication de substances physiologiques
« de remplacement. La logique de l’instrumentalisation a déjà fait envisager que l’on
« fabrique des clones sans cerveau. On aurait donc des corps humains maintenus en vie
« artificiellement mais qui ne pourraient être considérés comme des personnes
« puisqu’elles seraient dépourvues de sensibilité, d’émotions, de pensée, de conscience
» et de tout ce que nous attribuons à l’existence même d’une personne. Ces sacs
» d’organes pourraient fournir des pièces de remplacement totalement compatibles
» avec le greffé puisque génétiquement, ils seraient identiques… J’appellerai ça une
« fabrication d’organes artificiels…. ce ne serait donc pas ‘un clone sans cerveau’, c’est
« une espèce de système vivant dans lequel les organes peuvent se développer : eh bien
« c’est magnifique !! »
« … De tels procédés témoigneraient que nous voulons être complices contre Dieu d’un monde séparé « de Lui. … La société recherche… le bien d’une humanité idolâtrée et globalisée, mais elle ferme « les yeux, parfois volontairement, sur un Démon auquel elle ne veut plus croire…. »

du P. B. Bobrinskoy, 4ème Colloque orthodoxe de bioéthique à Paris

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