Islam et Bioethique

PMA, GPA, don de spermes et congélation des ovocytes : que dit l’Islam ?

Publié le 30/01/2018 Par Farida Belghoul
De la procréation médicalement assistée (PMA) à la gestation pour autrui (GPA) en passant par les dons de spermes et la congélation des ovocytes : Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne (Rhône), fait le point sur la position de l’islam sur ces questions de bioéthique.
Le débat contradictoire et courtois est ouvert dans nos colonnes sur ce sujet pour les musulmans si certains considèrent que Monsieur Azzedine Gaci se trompe.

Voici, d’après ce recteur de Villeurbanne, le point de vue de l’islam :

Le respect absolu de la filiation

La position de l’islam est formulée essentiellement par le respect absolu de la filiation (1) (Al-Nasl), c’est-à-dire le rattachement de l’enfant à son père et sa mère. Dans ses divers cas de figure, l’assistance médicale à la procréation (AMP) doit respecter ce principe de filiation paternelle et maternelle dans ce qui doit rester un projet parental.
Aussi, deux filiations maternelles ou paternelles ne peuvent se cumuler et sont donc inenvisageables en islam. Toute assistance médicale à la procréation qui respecte ces principes est non seulement autorisée mais encouragée.

Que dit l’islam sur la PMA ?

Elle est autorisée en islam mais uniquement chez les couples hétérosexuels mariés. Par ailleurs, le spermatozoïde et l’ovocyte doivent appartenir exclusivement aux deux conjoints. En cas de divorce ou si le mari est décédé, l’utilisation du spermatozoïde conservé du mari n’est plus possible. L’adoption est fortement recommandée en cas de stérilité irréversible.

Qu’en est-il des dons de spermes ou d’ovocytes ?

Le recours aux dons de spermes et d’ovocytes qui fait intervenir une tierce personne est radicalement interdit en islam, que les donneurs soient connus ou anonymes. En effet, le fait que l’enfant ne soit pas issu du sperme du mari ou de l’ovocyte de l’épouse crée un « un mélange des filiations » tout à fait paradoxal en islam. Les dons d’embryons sont également interdits.

Que dit l’islam sur la GPA ?

La pratique de la mère porteuse est également interdite en islam, qui rejette toute maternité de substitution et tout contrat portant sur ce type de grossesse.  L’islam considère que la véritable mère de l’enfant conçu par procréation médicalement assistée est celle qui l’a enfanté et non la génitrice : « Ne sont leurs mères que celles qui les ont enfantés… » (Coran : 58/2)

Qu’en est-il de la congélation des ovocytes ?

Cette technique consiste à prélever des ovules chez une jeune femme et à les congeler pour une grossesse ultérieure. En 2014, Facebook et Apple ont proposé à leur employées en âge de procréer de financer la congélation de leurs ovocytes. Ainsi, elles pourront faire des enfants quand elles le veulent pour concilier maternité et évolution professionnelle.
La congélation des ovocytes n’est autorisée en islam qu’en cas de nécessité absolue. C’est le cas par exemple d’une femme atteinte d’un cancer qui doit faire l’objet d’une chimiothérapie qui la rendrait stérile. Cette femme est autorisée dans ce cas à congeler ses ovocytes avant d’entamer la chimiothérapie.

Encourager les recherches scientifiques dans la limite du sacré

Les nouvelles techniques biomédicales ouvrent un large champ de possibilités. Toutes ces pratiques inédites amènent les juristes musulmans à émettre des fatwas, des avis juridiques circonstanciés, en puisant leurs réponses dans l’esprit des textes du droit musulman, qui se situe lui-même dans une dynamique pragmatique et évolutive permanente.
Tout en encourageant les recherches scientifiques, l’islam pose un cadre et établit des limites afin de préserver la vie, la filiation et la dignité de l’être humain. Cette stricte réglementation est dictée à la fois par le souci de relever les défis posés par les acquis nouveaux de la science et de la technologie et par celui de répondre aux exigences d’une foi et d’une éthique ouvertes par principe aux voies de l’ijtihad (effort intellectuel).
(1) C’est pour éviter les conflits de filiation paternelle après un divorce concernant les enfants que le délai de viduité a été institué en islam pour les femmes veuves ou divorcées : trois périodes menstruelles si la femme n’est pas enceinte et est réglée, l’accouchement si la femme est enceinte au moment du divorce.

 

1 Commentaire

  1. Animation par le Dr G Frydman résolu à en découdre avec cette " idéologie de la personne "
    => Le docteur Dalil Boubakeur considère qu'il n'y a pas de personne tant que l'embryon n'est pas formé mais il interroge medecin de determiner à quel stade d'embryogenèse le medecin considère que cette formation est acquise
    De façon pratique quant à l'utilisation de l'embryon pour la recherche ( votée en 2013 ) il considère que ce n'est pas permis parce que il y a une vie sacrée et que le principe, de précaution s'appliquer. Mais il termine en espérant que les progrès de la science mèneront les religions à des accords avec elle….
    => le rabbin Michaël Azoulay: le talmud rejoint le coran (il réifie l'embryon FIV non implanté)
    => le père Bruno Saintot (commission bioéthique CEF): l'Embryon humain est un de nous L'Eglise n'a pas défini l'embryon en tant que personne [commentaire BIOETHIQUE et CATHOLIQUE : une démonstration philosophique est donnée sur le blog aux onglets Metaphysique et Theologique: il est regrettable que le Père B de Saintot ne se refere pas au pape Jean Paul II et Benoit XVI , à St Augustin ou Ste Thérese d'Avila] mais l'eglise diffère des autres l'embryon doit être traité comme une personne, n'est pas analogue à un organe, ni à une cellule " tout acte qui a pour consequence une destruction d'Embryon est une instrumentalisation de l'etre humain"
    En 2è partie Mr Frydman dit bien : la loi d’août 2013 … liberant les Cellules souches Embryonnaires et l'embryon pour la recherche , elle permet de constituer des CSE pour une medecine regenerative qui pourrait être pour certaines génératrices d'embryons
    https://www.franceculture.fr/emissions/revolutions-medicales/science-et-religions-se-penchent-sur-lembryon-humain

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