Fiche CEF Interactions biologie et Psychisme : l’épigenèse de la personne

Interactions biologie et Psychisme : l’épigenèse de la personne

Fiche proposée par le groupe de travail « bioéthique », de la CEF

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Éléments scientifiques et juridiques

Dans le monde scientifique, on a l’habitude de penser les états psychiques à partir de leur enracinement biologique, parfois même de les réduire à de la biologie. Mais les biologistes étudient aussi, depuis une vingtaine d’années, l’influence du psychisme sur les réactions biologiques.

Les découvertes scientifiques dans le domaine de l’épigénétique [1] montrent que certains gènes sont inhibés alors que d’autres s’expriment fortement, en fonction de l’environnement biologique (en particulier la répartition des gènes dans le génome) et de l’environnement du psychisme, c’est-à-dire du comportement des êtres vivants eux-mêmes. Pour les êtres humains, on souligne ainsi que la nutrition, l’exercice physique, la gestion du stress, le plaisir et le réseau social peuvent intervenir sur les mécanismes de l’épigénèse. Cela atteste que les deux domaines du biologique et du psychique sont en relation réciproque permanente (c’est important pour la GPA !). De même, la psycho-neuro-immunologie étudie l’impact des événements psychiques sur le système immunitaire. D’où ce propos du scientifique Joël de Rosnay : « Qui aurait pu penser, il y a à peine une dizaine d’années, que le fonctionnement du corps ne dépendait pas seulement du « programme ADN », mais de la manière dont nous conduisons quotidiennement notre vie ? » (p. 117)

L’épigénétique ouvre également de nouveaux horizons : ce que l’humain transmettra génétiquement à sa descendance pourrait être le fruit, en partie, de son propre comportement !

Les études actuelles sur la plasticité du cerveau vont aussi dans le sens d’un lien étroit entre les fonctionnalités du vivant et le vécu. L’organisation des réseaux neuronaux joue sur le vécu mais, en retour, elle se modifie en fonction des expériences de l’individu. Se manifeste une capacité du cerveau à remodeler les branchements entre les neurones par formation ou disparition de synapses. Ainsi, exercer ou rééduquer ses capacités cérébrales (entraînement-apprentissage, donc psychisme) joue sur la biologie du cerveau lui-même. Il en va de même pour la pratique régulière de la méditation qui engage la partie spirituelle de l’être humain.

Si le biologique influence le vécu, comme on le dit depuis longtemps, le vécu influence le biologique ! Ainsi, ce que le psychologue dit habituellement, le biologiste le montre depuis peu !

Les problèmes que cela pose

Un paradoxe signifiant entre biotechnologistes et biologistesLes biotechnologistes modifient le vivant en s’efforçant de le simplifier pour mieux le reconstruire, le contrôler et l’utiliser en vue de certains objectifs. Ils cherchent à améliorer ses fonctionnalités de base ou à en ajouter d’autres (voir la fiche sur les biotechnologies). Cette réduction du vivant à des fonctionnalités choisies vise à tirer le maximum de productivité de la « machine vivante ». Outre les questions éthiques que cela pose, notamment celle de « l’utilitarisme », ce vivant simplifié peut-il correspondre à une véritable amélioration du vivant naturel ? En effet, paradoxalement, le biologiste découvre de plus en plus que le vivant est complexe : son évolution est influencée par l’environnement qui touche jusqu’à l’expression de ses gènes ; il appartient à des écosystèmes qui le modifient ; il est plastique et peut ainsi s’adapter, évoluer, bref « être vivant » !
Ainsi, au moment où la biologie semble sortir d’un fonctionnalisme trop strict, c’est au tour des biotechnologies de risquer de s’y enfermer. Voilà qui est essentiel pour répondre avec objectivité et pertinence aux défis techniques et éthiques de l’utilisation des technosciences sur l’homme ! « Prendre
rapport à l’humain ? Respecter l’humain, y compris en tentant d’en augmenter les capacités, n’est envisageable qu’au regard de sa complexité et de l’interpénétration de ses dimensions biologique, psychique et spirituelle.La « plasticité du vivant » renvoie à une tension dynamique entre « robustesse et vulnérabilité », rigidité et malléabilité, invariance et transformation, et, plus largement, entre invariance et historicité. Elle est une condition nécessaire et cruciale pour que le vivant évolue, avec ses caractéristiques métaboliques, reproductives, organisationnelles et informationnelles. D’un côté, la robustesse d’un vivant définit son aptitude à se maintenir devant les perturbations liées à son environnement. D’un autre côté, il se laisse influencer par cet environnement, d’où son aspect « vulnérable », indépendamment de la fragilité liée à une maladie ou une déficience. Ainsi le « cyborg [2] invulnérable », appelé de leurs vœux par certains transhumanistes, perd sa capacité d’adaptation en perdant la « vulnérabilité » nécessaire à tout vivant pour évoluer. Pour l’être humain, cette vulnérabilité est liée aux interactions biologie-psychisme-spirituel dans leurs écosystèmes. Le respecter et prendre soin de lui consistent donc à favoriser l’équilibre robustesse-vulnérabilité en permettant l’harmonie corps-psychisme-esprit dans leurs environnements. Il convient alors d’envisager une éthique dont l’être humain vulnérable serait la pierre angulaire.Ce regard du biologiste moderne rejoint certaines traditions d’anthropologie chrétienne, depuis les saints Paul, Irénée, Éphrem, Maxime le Confesseur, et les mystiques tant rhénans qu’orientaux, qui explicitent l’unité de l’homme « corps-âme-esprit ». Saint Paul écrit : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout-entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout-entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Th 5,23). Saint Irénée, au 2ème siècle, commente : « La chair modelée (modelée par Dieu, le Créateur) à elle seule n’est pas l’homme parfait, elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme à elle seule n’est pas davantage l’homme, elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’esprit non plus n’est pas l’homme, on lui donne le nom d’esprit, pas celui soin du vivant » ne peut se limiter à augmenter ses fonctionnalités pour « perfectionner la machine ». Le transhumain ainsi réduit à des fonctionnalités augmentées ne sera-t-il pas en fait appauvri par d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constituent l’homme parfait. » (Adversus Haereses, V,6,1) Il s’agit bien de distinguer corps-âme-esprit mais dans une compénétration de ces trois dimensions. Ainsi le corps ne se réduit-il pas au biologique, il pense et il éprouve. De même, l’âme qui recouvre un principe d’organisation, d’animation et d’unité unifie les métabolismes, les émotions et les pensées du corps. Et l’esprit apparaît comme la « fine pointe de l’âme », là où l’Esprit de Dieu parle à l’homme en son corps et son âme, comme « être global [3] ».Cette mise en regard de la biologie d’aujourd’hui avec cette tradition anthropologique indique que l’un des critères éthiques importants pour prendre en compte l’impact de l’utilisation des biotechnologies sur l’être humain sera celui du respect et de la promotion de l’unité du corporel, du psychique et du spirituel dans leurs écosystèmes. On pourra ainsi se poser la question de l’impact de telle ou telle intervention technologique en termes d’harmonie ou de dysharmonie entre ces trois dimensions, afin de favoriser le pouvoir d’être soi.
2 février 2018Références bibliographiques pour continuer le travailTost, Epigenetics, Caster Academic Press, 2008 ; M. Morange, « L’épigénétique », Études, n. 4210, novembre 2014, p. 45 ; B. de Montera, « L’hérédité épigénétique : un changement de paradigme ? », Bergson ou la Science, Implications philosophiques, 2014, pp. 27-49.
D. Lambert et R. Rezsöhazy, Comment les pattes viennent au serpent : essai sur l’étonnante plasticité du vivant, Flammarion, 2004.
T. Magnin, Penser l’humain au temps de l’homme augmenté, Albin Michel, 2017, chapitre 4.
J. de Rosnay et Fabrice Papillon, Et l’homme créa la vie, LLL, 2010.
J. M. Besnier, L’homme simplifié. Le syndrome de la touche étoile, Fayard, 2012.

1 Commentaire

  1. cette fiche est très importante à lire pour en comprendre l'essentiel : le developpement de la personne humaine doit intégrer son épigénétique , car "ce que nous sommes resulte de croisement de notre genome, environnement et epigénétique" dit Dr A Caude Henrion dans la video (31è minute)

    http://bioethiquecatholique.blogspot.fr/p/le-coin-des-scientifiques.html

    mais aussi (dira le pretre theologien dans cette interview titré "le clonage humain: où en est on ? ") de l'Acte créateur de Dieu, et du poids ontologique (spirituel) de l'unité des deux parents comme le dit Jean Paul II en matière de fecondité de la sponsalité .

    Or en biogénétique le Législateur n'a pas intégré ni le chercheur encore moins – lui qui pousse le premier à le laisser libre d'aller toujours plus en avant – l'incidence de ses travaux qui perturbe considerablement le developpement de l'enfant conçu , si intrinsèquement dependant [ comme le dit fort bien cet Article ] de son conditionnement épigénétique qui lui est imposé : par exemple
    -dans une modification de son patrimoine genetique ( dans le genie genique germinal : voir fiche correspondante ) ,
    -dans les conditions de sa conception elle même en dehors du sein d'une mère ( qui explique que soit prefere une IscI [insemination] intra ovarienne, plutot qu'une fécondation in Vitro [FIV] ex utero ;
    -ou encore la congelation et la decongelation d'un embryon conçu surnumeraire [ ce que le Pr Jerome Lejeune qualifiera "d'enfer concentrationaire" particulièrement inhumain à juste titre car là en plus d'une epigenetique l'enfant dispose d'une ame vivante dans un corps congele empêché de croitre
    – que dire encore d'une conception par technique de clonage [ scission nucléaire dans un ovule e-nucléé et forçage par arc electrique , qui sont l'équivalent de 10 bombes Hiroshima à l'échelle de l'enfant créé [ les lois bioethique seront datées en 2004 et 2013 le 6 aout , date anniversaire de Hiroshima et … de la Tranfiguration de Jésus ],
    etc etc.. .
    car il ne faut pas oublier que Jésus est venu porter TOUTES nos souffrances , y compris celles que la Bioethique fait endurer aux enfants lors de toutes les manipulations, traitements, modifications, dissections, créations , éliminations …

    Bref Lire cet article permet de comprendre toute l'étendue du massacre et du genocide massif qui se deroules dans nos centres PMA … si du moins nous considerons que l'embryon humain puisse souffrir , s'il a une ame et un corps encore insensible jusqu'au 7-9è jour , avant cela il dispose d'une ame passive selon St Augustin , la memoire ontologique , qui sera marquée toute sa vie dans toue ses cellules des passages traumatisants qu'il aura du traverser

    On comprend aussi pourquoi les taux d'échec de ces maniupulations sont si élevés tant l'être humain est tes probablement incapable de les supporter, à moins que Dieu en la Personne de Jéus ne porte sur Lui l'essentiel de la peine … ce ui serait un fruit de son Immense Misericorde .
    Dans tous les cas notre compassion et supplication au nom de ces frères et soeurs n'en doivent être que plus fort dans notre ame et communion avec eux qu'ils aient ou non survécu à leurs bourreaux implacables

    Je retiens qu'il sera urgent ici de deposer des Fiches qui parlent de l'ame humaine dans la conception pour bien prendre conscience de ce que notre responsabilité dans la manière de faire en génétique et procréation humaine , et de celle de l'Eglise , experte en humanité dès la conception…et pas seulement apres la naissance et ou le baptème

    N'a t on pas le droit et le devoir de regarder non seulement de voir l'enfant qu'il sera demain mais l'enfant qu'il EST depuis sa conception : bien vivant !

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