Approfondissement sur le plan canonique

Dans l’Église latine, avant Vatican II, il n’existait pas de rite des funérailles pour les enfants morts sans baptême et ils étaient enterrés en terre non consacrée. À proprement parler, il n’existait pas non plus de rite des funérailles pour les enfants baptisés, mais dans leur cas on célébrait une messe des Anges et on leur accordait bien sûr une sépulture chrétienne.

Grâce à la réforme liturgique qui a suivi le concile, le Missel romain contient désormais une messe de funérailles pour un enfant qui meurt avant le baptême, et le Rituel des funérailles contient aussi des prières spéciales pour cette situation : dans les deux cas, la tonalité des prières est manifestement prudente ; mais c’est aujourd’hui un fait que l’Église exprime liturgiquement son espérance en la miséricorde de Dieu, et confie l’enfant à sa sollicitude d’amour.

Cette prière liturgique reflète, en même temps qu’elle le façonne, le sensus fidei de l’Église latine en ce qui concerne le sort des enfants qui meurent sans baptême : lex orandi, lex credendi.

De façon significative, dans l’Église grecque-catholique il n’existe qu’un seul rite des funérailles pour les enfants, qu’ils soient baptisés ou qu’ils ne le soient pas encore, et l’Église prie pour tous les enfants afin qu’ils soient reçus dans le sein d’Abraham où il n’y a ni douleur ni tristesse, mais seulement vie éternelle.

Le Missel romain de 1970 a introduit une messe de funérailles pour les enfants non baptisés que leurs parents avaient l’intention de présenter au baptême. L’Église confie donc à la divine miséricorde ces enfants qui meurent sans être baptisés.

Dans son Instruction sur le baptême des petits enfants de 1980, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a de nouveau affirmé : « Quant aux petits enfants décédés sans avoir reçu le baptême, l’Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle fait dans le rite des funérailles établi pour eux[6]. »

Le Catéchisme de l’Église catholique ajoute que :

  • « la grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés (voir 1 Tm 2, 4), et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui lui a fait dire “Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas” (Mc 10, 14), nous permettent d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême[7] ».
  • D’autant plus pressant est aussi l’appel de l’Église à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du saint baptême[280]. »

Nous devons conclure que nul n’est sauvé sans rapport au baptême et à l’Eucharistie, et donc à l’Église qui se définit par ces sacrements. Tout salut possède un certain rapport au baptême, à l’Eucharistie et à l’Église. Le principe selon lequel « hors de l’Église, il n’y a point de salut » signifie qu’il n’est aucun salut qui ne vienne du Christ et qui ne soit, de par sa nature même, ecclésial. De même, l’enseignement scripturaire selon lequel « sans la foi il est impossible de plaire [à Dieu][279] » indique le rôle intrinsèque de l’Église, communion de foi, dans l’oeuvre du salut.

C’est spécialement dans la liturgie de l’Église que ce rôle devient manifeste, puisque l’Église prie et intercède pour tous, y compris pour les enfants morts sans baptême.

Si un enfant non baptisé est incapable d’un votum baptismi, alors, par ces mêmes liens de communion, l’Église pourrait être à même d’intercéder pour cet enfant et d’exprimer en son nom un votum baptismi qui serait efficace devant Dieu. De plus, l’Église exprime effectivement un tel votum dans sa liturgie, par la charité même qu’elle manifeste envers tous les hommes et qui se renouvelle en elle dans chaque célébration de l’Eucharistie

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